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Russie. Comment les Russes en sont arrivés là : de la foi aveugle à la nostalgie impériale.

Un manifestant anti-guerre est arrêté à Moscou par des membres de la Garde nationale dont des unités sont aussi déployées en Ukraine EPA/MAXPPP.

Suite à la conférence sur l’Ukraine organisée par Sciences po Lyon et l’association Europe des Alters du master AlterEurope le 15 mars 2022, les étudiants actuels du master ont décidé, avec l’aval des responsables pédagogiques et avec l’accord des intervenants, de réaliser une “newsletter spéciale”. Elle reprend les points de vue personnels des intervenants de la conférence, tous d’anciens étudiants, ainsi que les réactions officielles de leur pays d’origine, pays de résidence actuel ou de leur champ d’étude face au conflit dont fait actuellement face l’Ukraine qui a éclaté le 24 février 2022.

Au bout de sept semaines de l’atroce guerre en Ukraine, il paraît légitime, en décrivant l’état d’esprit de la société russe, de parler de la « banalité du mal » d’Hannah Arendt. Comment les descendants du peuple ayant libéré l’Europe du nazisme en 1945, en sont-ils arrivés là ?

Voici un cliché d’une société, au mieux, complètement désorientée, et, au pire, profondément malade. D’une société qui semble avoir cédé au revanchisme impérial croissant depuis ces 30 dernières années. D’une société dans laquelle toute tentative de mettre en œuvre des institutions civiles a été sabotée. D’une société qui s’est donc perdue avant même de pouvoir véritablement se construire. Une catégorisation simplifiée et non-exhaustive des Russes qui soutiennent la guerre, définie empiriquement au cours de nombreuses discussions avec des citoyens russes d’âges et de professions différentes.

Les croyants.

Les croyants se contentent aveuglément de la principale justification fournie par Poutine dans son annonce du début de « l’opération militaire » rendue publique le 24 février au petit matin. Selon eux, l’armée russe se fixe comme objectif une tâche « noble » : « libérer l’Ukraine des néo-nazis » et mettre fin au « génocide dans le Donbass ». Le choix sémantique – « néonazisme » et « génocide » – n’est pas anodin et semble jouer particulièrement bien sur des générations plus âgées dont la mémoire est beaucoup plus marquée par la Grande guerre patriotique, expression utilisée en Russie pour qualifier la Seconde guerre mondiale, que celle des jeunes. Cette tâche « noble » propose des explications accessibles et, comme il s’est avéré, assez bien concevables par un peuple dont le fondement même de l’identité a été érigée autour de l’exploit soviétique lors de la Seconde Guerre mondiale. Pourquoi s’atteler à se poser des questions et chercher des réponses alors que l’État en propose déjà des toutes faites ?

Les prisonniers de la logique de forteresse.

Dans leur argumentation, les prisonniers de la logique de forteresse tentent de rationaliser le conflit en avouant, -directement ou indirectement, – que l’explication « néonazie » ne sert que de façade pour la guerre en cours. Ils reprennent quasiment mot par mot la rhétorique sécuritaire de Poutine, en avançant la menace imminente que l’élargissement de l’OTAN à l’Est pose à l’existence même de la Russie. D’après eux, telle une « forteresse de plus en plus encerclée par les ennemis », la Russie a à de multiples reprises fait part de ses inquiétudes sécuritaires mais n’a jamais été écoutée. Et comme Vladimir Poutine l’a dit dans de nombreuses interviews, si «la bagarre est imminente il faut taper en premier ». Pour les prisonniers de la logique de forteresse qui ont reçu une éducation imprégnée par la logique de la guerre froide, la « bagarre » dont il est question a en effet été « imminente ». À tout contre-argument d’ordre rationnel, par exemple, celui sur l’impossibilité factuelle de l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN, ils répondent par la maxime « Belgrade, Bagdad, Tripoli » en faisant référence aux bombardements américains de la Yougoslavie en 1999, de l’Irak en 2003 et de la Libye en 2011. Pour eux, l’Occident est égal à l’OTAN qui, elle, est égale aux États-Unis, cet « empire du mal » dont la raison d’être est l’affaiblissement voire la destruction de la Russie. Les prisonniers de la logique de forteresse sont, « certes, désolés que tant de gens innocents meurent », mais comprennent également que « ce sont des sacrifices nécessaires pour préserver la sécurité de la Russie ».  Ce groupe par ailleurs semble être le plus pesant en termes du nombre.

Les nostalgiques de l’Empire.

Qu’il s’agisse des nostalgiques de l’Empire soviétique, ou ceux de l’Empire russe, leur caractéristique est la volonté de « retrouver » la grandeur de leur patrie. Selon eux, cette grandeur ne passe ni par l’amélioration de la qualité de vie des citoyens russes, ni par le développement d’un modèle économique concurrentiel (ce que le régime actuel n’est d’ailleurs pas à même de proposer), mais par « le respect » accordé à la Russie sur

la scène internationale et qui ne peut être gagné que par le hard power, c’est à dire l’utilisation de la puissance militaire.  Les nostalgiques de l’empire perçoivent la fin de la guerre froide non pas comme la victoire de la nouvelle Russie, mais comme, d’abord et avant tout, la défaite de la vieille. Une telle perception de l’événement majeur dans l’histoire moderne a sans doute nourri chez des Russes ayant vécu la chute de l’URSS le sentiment de revanchisme, le même qu’ont éprouvé les habitants de la république de Weimar, agenouillés après la Première Guerre mondiale. Qui plus est, les nostalgiques de l’Empire reprennent eux aussi la formule « Belgrade, Bagdad, Tripoli » en arguant que si de telles hostilités ont été permises à Washington, elles peuvent également l’être à Moscou. Parfois ils font allusion aux éventuelles opérations que la Russie devra mener dans l’avenir dans d’autres pays de l’espace postsoviétique pour définitivement « marquer sa zone d’influence géopolitique historiquement légitime ».

Les groupes cités ci-dessus ne sont pas toujours bien identifiables car leur représentants ont tendance à reprendre les arguments les uns des autres. Il n’en reste pas moins que la catégorisation ici présente semble pertinente, chaque soutien de l’invasion de l’Ukraine construit son argumentation sur l’une des trois principales lignes de la justification.

Bien que le soutien des actes de Poutine soit grand, il est loin d’être unanime : nombreux sont les Russes pour qui rien ne peut justifier la guerre en Ukraine. Leur voix est pourtant étouffée par le tour de vis entrepris par le régime russe depuis le 24 février. Ainsi pour faire taire les opposants à la guerre en Ukraine, le parlement russe a adopté à l’unanimité une loi infligeant jusqu’à 15 ans de prison à celles et ceux qui propagent de « fausses informations » sur l’armée. Tout média indépendant a été contraint d’arrêter ses activités sur le territoire. Au moins 15 000 Russes ont été arrêtés pour avoir manifesté contre la guerre en Ukraine depuis le début de la guerre.

D.P.

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Turquie. Le difficile rôle d’équilibriste.

Presidency of Republic of Ukraine.

Suite à la conférence sur l’Ukraine organisée par Sciences po Lyon et l’association Europe des Alters du master AlterEurope le 15 mars 2022, les étudiants actuels du master ont décidé, avec l’aval des responsables pédagogiques et avec l’accord des intervenants, de réaliser une “newsletter spéciale”. Elle reprend les points de vue personnels des intervenants de la conférence, tous d’anciens étudiants, ainsi que les réactions officielles de leur pays d’origine, pays de résidence actuel ou de leur champ d’étude face au conflit dont fait actuellement face l’Ukraine qui a éclaté le 24 février 2022.

Bien que depuis 1952 la Turquie fasse partie de l’OTAN, l’alliance hostile aux yeux de Moscou, Ankara semble jusqu’ici avoir réussi à ménager la chèvre et le chou dans la guerre en Ukraine. Depuis le début du conflit, Recep Tayyip Erdogan essaye de ne blesser ni son homologue ukrainien ni son homologue russe. Avec succès. Sa neutralité lui a déjà permis de récolter les premiers fruits. Abritant les négociations russo-ukrainiennes le 29 mars dernier, Istanbul est devenue le centre diplomatique du monde.

Le président turc a, certes, dénoncé l’agression russe contre l’Ukraine – qui d’ailleurs se sert des drones de combat turcs sur le champ de bataille – mais il a aussi refusé d’imposer des sanctions à l’égard de Moscou, geste particulièrement apprécié dans la capitale russe. Ainsi en choisissant le camp des Occidentaux sur la forme, la Turquie est loin de respecter sa position sur le fond. D’après Nécati Mert Gumus, notre intervenant sur la Turquie lors de la conférence, une telle attitude d’équilibriste peut être expliquée par plusieurs facteurs déterminant les relations russo-turques.  

Premièrement, alors que la Turquie traverse en ce moment une crise économique lourde caractérisée par une inflation galopante, un affaiblissement de la livre turque et une perte du pouvoir d’achat, il est jugé imprudent d’imposer des sanctions contre un partenaire commercial aussi important que la Russie. Sur le plan énergétique, la Turquie, tout comme l’UE, se trouve dans une position de dépendance vis-à-vis de Moscou, 45% de son énergie étant importée depuis la Russie.

Deuxièmement, Ankara craint d’éventuels risques militaires que le durcissement de sa position à l’égard de la Russie peut accentuer. Il convient de se rappeler que par le passé les deux pays ont déjà eu des complications militaires. Ainsi lors de l’opération militaire en Syrie en novembre 2015, un avion russe avait été abattu par la Turquie près de la frontière turco-syrienne. Qualifié par le président russe d’un « coup dans le dos », ce conflit a lourdement envenimé les relations bilatérales. Ainsi, une position neutre dans le conflit ukrainien semble être la plus convenable afin de minimiser les risques d’escalade de tensions militaires avec Moscou.

Troisièmement sur le plan géopolitique, garder des relations avec Moscou permet à la Turquie d’ajouter à son actif d’importants points diplomatiques. Se targuant d’une attitude neutre dans le conflit opposant Moscou et Kiev, le dirigeant turc s’est déjà imposé comme le médiateur dans la guerre qui secoue l’Europe depuis le 24 février, les belligérants ayant déplacé leurs négociations de la Biélorussie à Istanbul. La Turquie, qui à côté de l’Ukraine et de la Russie fait partie de l’espace géopolitique de la mer Noire, est bien évidemment intéressée par l’arrêt de la guerre. Qui plus est – si le conflit prend de l’ampleur – elle deviendra sans doute la première cible de bombardements russes du fait de l’hébergement sur son territoire des bases militaires nucléaires américaines., Ankara est donc prête à œuvrer pour éviter toute intensification dans ses relations avec la Russie.

D.P.

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Bosnie et Serbie. La guerre en Ukraine divise davantage les Balkans

Suite à la conférence sur l’Ukraine organisée par Sciences po Lyon et l’association Europe des Alters du master AlterEurope le 15 mars 2022, les étudiants actuels du master ont décidé, avec l’aval des responsables pédagogiques et avec l’accord des intervenants, de réaliser une “newsletter spéciale”. Elle reprend les points de vue personnels des intervenants de la conférence, tous d’anciens étudiants, ainsi que les réactions officielles de leur pays d’origine, pays de résidence actuel ou de leur champ d’étude face au conflit dont fait actuellement face l’Ukraine qui a éclaté le 24 février 2022.

Les Bosniaques revivent les traumatismes de la guerre passée alors que la Russie envahit l’Ukraine.

REUTERS/Dado Ruvic

 Les nouvelles en provenance de Marioupol et d’autres villes ukrainiennes, soumises aux bombardements incessants de l’armée russe, ont déclenché des souvenirs douloureux chez les survivants du siège de la capitale bosniaque dans les années 1990. Lors de l’éclatement sanglant de la Yougoslavie, les forces serbes de Bosnie ont assiégé Sarajevo du 5 avril 1992 au 29 février 1996. Pendant 46 mois, 350 000 personnes ont été prises au piège dans leur ville multiethnique, soumises à des bombardements quotidiens et privées d’accès régulier à l’électricité, à la nourriture, à l’eau, aux médicaments et au monde extérieur. Plus de 11 000 personnes ont été tuées, dont plus de 1000 enfants, et d’innombrables autres ont été blessées.

La Bosnie-Herzégovine, comme l’Ukraine, a depuis longtemps déclaré vouloir rejoindre l’OTAN – deux positions qui ont rendu la Russie furieuse. Après la récente invasion de l’Ukraine par la Russie, l’ambassadeur de Moscou à Sarajevo, Igor Kalabukhov, est devenu beaucoup plus effronté. Il a récemment menacé la Bosnie-Herzégovine du scénario de l’Ukraine si la Bosnie-Herzégovine décidait de rejoindre l’OTAN, en déclarant :« Si (la Bosnie-Herzégovine) décide d’être membre d’une alliance, c’est une affaire interne. Notre réponse est une autre affaire. L’exemple de l’Ukraine montre ce à quoi nous nous attendons. En cas de menace, nous répondrons. »

Consciente que la guerre en Ukraine pourrait avoir un effet de contagion sur la Bosnie-Herzégovine, l’UE a décidé, dans le cadre de la mission de paix européenne (Eufor Althea), de doubler pratiquement la taille de sa force de maintien de la paix en envoyant 500 militaires supplémentaires, pour un total de 1 100 soldats sur place, à titre de mesure de précaution pour éviter toute instabilité dans la région. « Nous allons assister à des provocations dans les Balkans occidentaux et notamment en Bosnie-Herzégovine », a expliqué le 8 avril le haut représentant de l’UE pour la politique étrangère Josep Borrell. Ce dernier met en garde contre la « situation critique » en Bosnie-Herzégovine où « les rhétoriques nationalistes et séparatistes se multiplient et mettent en péril la stabilité, voire l’intégrité du pays ».   

Prise entre Moscou et l’Ouest, la Serbie fait face à une tempête diplomatique

Darko Vojinovic


Le président serbe Aleksandar Vucic a attendu deux jours avant de s’exprimer sur l’invasion russe de l’Ukraine. « Porter atteinte à l’intégrité territoriale d’un pays, quel qu’il soit, est quelque chose de très mal », a déclaré le chef d’État.

L’attaque de la Russie en Ukraine précipite l’heure des comptes pour la Serbie, qui entretient des liens politiques, culturels et économiques étroits avec Moscou, mais qui est aussi un pays candidat à l’adhésion à l’UE et favorable à un alignement plus fort sur l’Occident. Alors que l’UE tente d’isoler la Russie, la guerre
en Ukraine est devenue un test pour les candidats à l’adhésion qui ont toujours un œil sur Moscou, ce qui rend la tentative de la Serbie de satisfaire les deux parties de plus en plus difficile à maintenir.

Sous la pression de l’UE, la Serbie a voté en faveur d’une résolution des Nations unies condamnant l’invasion de l’Ukraine par la Russie, ce qui lui a valu une réprimande de Moscou. La Serbie a néanmoins refusé de se joindre aux sanctions contre la Russie. Cette réticence à se ranger derrière les sanctions a rendu furieux les partenaires occidentaux, qui ont menacé de répercussions, notamment le ralentissement des négociations d’adhésion à l’UE.

La société civile serbe est partagée mais tend à pencher davantage vers la Russie : Un groupe nationaliste extrémiste a organisé une manifestation pro-russe dans le centre de Belgrade en février. Environ 2 000 participants ont allumé des torches, crié des slogans pro-russes et porté le drapeau russe flottant à travers la ville. Plusieurs des organisateurs et des participants ont des liens avec Moscou, notamment avec les forces armées russes. De nombreux électeurs serbes en veulent à l’Occident – qui a bombardé et sanctionné Belgrade dans les années 1990 – et sympathisent avec la Russie. La Serbie compte également sur le soutien de la Russie aux Nations unies pour garder un certain contrôle sur le statut du Kosovo, son ancienne province, que les États-Unis et la plupart des États membres de l’UE reconnaissent aujourd’hui comme indépendant.

Remerciements : Mme. Tibissaï Guevara-Braun

I. C.

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Géorgie. Du discours officiel des autorités françaises au ressenti de la population géorgienne.

Euractiv et Vano Shlamov / archives AFP

Suite à la conférence sur l’Ukraine organisée par Sciences po Lyon et l’association Europe des Alters du master AlterEurope le 15 mars 2022, les étudiants actuels du master ont décidé, avec l’aval des responsables pédagogiques et avec l’accord des intervenants, de réaliser une “newsletter spéciale”. Elle reprend les points de vue personnels des intervenants de la conférence, tous d’anciens étudiants, ainsi que les réactions officielles de leur pays d’origine, pays de résidence actuel ou de leur champ d’étude face au conflit dont fait actuellement face l’Ukraine qui a éclaté le 24 février 2022.

Les régions sécessionnistes géorgiennes, c’est-à-dire l’Abkhazie au Nord-Ouest et l’Ossétie du Sud sont sources de préoccupations. En effet, des conflits interethniques ont secoué le pays entre 1991 et 1994. La proclamation d’indépendance des deux régions en 1992 en « République d’Ossétie du Sud-Alanie » et « République d’Abkhazie » n’est pour l’instant reconnue que par quelques pays dont la Russie. Il faut noter que dans les deux régions, le russe est fortement utilisé comme langue de communication et même reconnu comme « langue officielle ». Pour les élections législatives du 12 mars et 26 mars 2022 en Abkhazie, la France a rejoint les délégations de l’UE bien qu’elle ne reconnaisse pas le cadre légal des élections.

La Géorgie a déposé sa candidature d’adhésion à l’UE le 2 mars 2022, un jour avant la Moldavie et deux jours après l’Ukraine. Cette candidature, annoncée par la présidente du pays Salomé Zourabichvili, intervient dans le contexte de la guerre en Ukraine. La Géorgie a depuis 2014 un accord d’association avec l’UE. La population géorgienne se positionne majoritairement pour une adhésion de la Géorgie à l’UE, c’était d’ailleurs une promesse du gouvernement actuel, la guerre en Ukraine ayant précipité cette demande. Cette adhésion à l’UE passe par une européanisation des valeurs, des normes, des mobilités professionnelles, artistiques, de l’enseignement avec par exemple des coopérations universitaires et scientifiques et le renforcement des langues européennes via des programmes européens comme EU4Culture ou EU4Dialogue. 

Pour Ketevan Turmanidze, ancienne étudiante géorgienne du master, la « guerre ukrainienne est notre guerre ». Le gouvernement géorgien ne soutient pas pleinement l’Ukraine, au contraire de la majorité de la population, par peur de représailles. En effet, l’une partie du pays est actuellement sous occupation Russe après la deuxième guerre d’Ossétie du Sud en 2008. La peur est présente puisque les Géorgiens savent que les autres pays anciennement soviétiques sont les prochains si la Russie réussit à gagner l’Ukraine. La Géorgie a besoin de l’UE mais aussi de l’OTAN pour sécuriser le territoire et notamment le Détroit de Bosphore c’est un passage stratégique entre l’Asie et l’Europe puisqu’il relie la mer Noire à la mer de Marmara. Cependant, la dépendance économique, la polarisation entre peuple et élites géorgiennes étroitement liées au pouvoir Russie, ainsi que le financement de certains partis par la Russie a eu pour conséquence le refus du gouvernement géorgien de s’associer aux sanctions européennes prises contre les actions menées par le régime de Poutine.

C.D.

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Roumanie. La société civile : une des premières impliquées dans l’aide aux réfugiés.

CLODAGH KILCOYNE / REUTERS

Suite à la conférence sur l’Ukraine organisée par Sciences po Lyon et l’association Europe des Alters du master AlterEurope le 15 mars 2022, les étudiants actuels du master ont décidé, avec l’aval des responsables pédagogiques et avec l’accord des intervenants, de réaliser une “newsletter spéciale”. Elle reprend les points de vue personnels des intervenants de la conférence, tous d’anciens étudiants, ainsi que les réactions officielles de leur pays d’origine, pays de résidence actuel ou de leur champ d’étude face au conflit dont fait actuellement face l’Ukraine qui a éclaté le 24 février 2022.

L’UE possède des frontières avec l’Ukraine à travers quatre pays de ses membres : la Pologne, la Slovaquie, la Hongrie et enfin la Roumanie. Cette dernière a vu un afflux d’au moins 400 000 réfugiés ukrainiens arriver sur son territoire depuis le début de la guerre en Ukraine. La guerre a provoqué beaucoup d’anxiété au sein du peuple roumain selon Bianca Christina, ancienne étudiante du master AlterEurope. En effet, la frontière commune avec l’Ukraine les confronte directement à la guerre, et crée la peur d’une potentielle invasion russe en Roumanie. Cette anxiété s’est traduite par une forte mobilisation de la société civile en termes d’aides humanitaires. En effet, dès les premiers jours de la guerre, la société civile roumaine s’est organisée pour accueillir les réfugiés ukrainiens aux points de passage, avec également de nombreux volontaires dans les villages près de la frontière. Des associations ont également créé une plateforme qui permet de recueillir toutes les informations pour entrer sur le territoire roumain, et permet aussi de recenser les offres mises en place pour les réfugiés tel que les logements, le ravitaillement, les médicaments, les médecins. Bianca Christina pense que cette forte mobilisation de la société civile provient de la proximité du danger, et par l’empathie des roumains face à laquelle les Ukrainiens sont confrontés.

Cette mobilisation a fait pression sur l’Etat roumaine et les institutions publiques pour mettre en œuvre des dispositifs d’aide. Les transports en communs sont devenus gratuits pour les Ukrainiens, même pour se déplacer dans les pays voisins comme l’Allemagne ou la Pologne, et l’Etat tente d’assurer la gratuité des produits de premières nécessités. De plus, ceux qui souhaitent rester en Roumanie ont la possibilité d’étudier gratuitement en suivant par exemple des cours intensifs de roumain, et certains emplois leur sont réservés. Même s’il a été forcé d’intervenir par pression de la société civile, le gouvernement roumain a in fine mis en place des dispositifs. En plus de ce qui a été mentionné ci-dessus, l’Etat a donné des consignes d’urgence pour un laisser passer des Ukrainiens sans papiers, en plus de conditions particulières pour l’accès à l’emploi.

La question des réfugiés ukrainiens en Moldavie s’est également posée. En effet, la Moldavie possède une frontière commune avec la Roumanie et l’Ukraine, elle est donc aussi en danger face à la guerre. La Roumanie a décidé d’aider la Moldavie dans la gestion des réfugiés car cette dernière ne possède pas les moyens nécessaires pour faire face à la situation. Des bus gratuits entre la Moldavie et la Roumanie ont été mis en place, afin que les Ukrainiens puissent arriver jusqu’à la douane. De plus, 200 000 euros ont été récoltés pour aider la Moldavie, ainsi qu’une aide de la part de l’UE a été allouée. Le soutien Roumain se traduit par leur choix de soutenir l’adhésion de la Moldavie à l’UE.

Enfin, Bianca Christina met en avant le fait que les Roumains perçoivent la gravité de la situation par l’augmentation du nombre d’armes et la présence des Etats-Unis sur leur sol. Même s’ils ont conscience d’être membres de l’OTAN et de l’UE et sont donc relativement protégés, ces évènements ont tendance à semer la panique au sein de la population roumaine. Depuis le COVID, un courant d’extrême droite pro-russe (Alliance pour l’Union des Roumains) commençait à se développer en Roumanie. Or avec la guerre, ce courant politique a été décrédibilisé par la société civile.

A.T.