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(Tenter de) comprendre le conflit russo-ukrainien

Alors qu’Emmanuel Macron s’attelle à éviter un conflit armé entre Moscou et Kiev, les tensions à la frontière ukrainienne ne semblent pas s’apaiser. Un point pour se retrouver dans ce dossier complexe impliquant la Russie, l’Ukraine, l’UE et l’OTAN.

Cet article est à retrouver dans le numéro 14 de la newsletter « L’actu de l’Europe »

Ce qui se passe à la frontière ukrainienne à l’Est

À en juger les Unes des médias occidentaux, cela fait déjà plus d’un mois qu’un risque accru de l’invasion russe plane sur l’Ukraine. Les premières fuites apparues fin décembre dans le Washington Post donnait début janvier comme date du début de l’attaque du voisin de l’Est. Bien que, pour l’instant, l’invasion n’ait pas eu lieu – la Russie étant probablement rattrapée par l’actualité politique dans un autre pays de son voisinage stratégique – rien ne garantit que la situation ne dégénère pas dans un avenir plus ou moins proche. Mais si l’attaque venait à avoir lieu – certainement après les Jeux olympiques – Vladimir Poutine ne voudrait pas jouer les rabat-joie à un moment si important pour son ami chinois.

Les accusations que représentent aux yeux du Kremlin « l’hystérie médiatique de l’Occident » ne sont pourtant pas sans fondements. Les vidéos montrant le déploiement des chars vers la base militaire russe de Voronej située à quelque 250 kilomètres de l’Ukraine pullulent sur les réseaux sociaux russes. Les images satellites d’autres bases proches de la frontière ukrainienne montrent elles aussi de larges manœuvres effectuées au cours des derniers mois.

Au déploiement des troupes à l’Ouest de la Russie s’ajoutent d’importants mouvements de soldats russes près de la frontière ukrainienne au Bélarus qui sont déployés en vue d’exercices militaires conjoints entre Minsk et Moscou. Baptisés Détermination de l’Union, ces manœuvres d’envergure ont pour but de « tester le potentiel militaire de l’Union de la Russie et du Bélarus en cas d’attaque extérieure ».

La guerre du Donbass, un conflit oublié 

S’agissant des intentions du Kremlin en Ukraine, un autre événement récent est susceptible de mettre la puce à l’oreille aux Occidentaux : un groupe de députés russes a proposé de reconnaître les républiques populaires autoproclamées de Donetsk et de Louhansk, contrôlées par les séparatistes pro-russes. Depuis 2014 la guerre du Donbass oppose ces deux entités sécessionnistes au pouvoir central ukrainien.

La guerre dans l’est de l’Ukraine, qui a déjà fait plus de 13 000 morts, est aujourd’hui quasiment oubliée. Le processus de désescalade, prévu par les accords de Minsk (Minsk II), conclus en 2015 lors du sommet au format Normandie (Allemagne, France, Russie, Ukraine) est actuellement au point mort. Comme l’a montré la tournée diplomatique d’Emmanuel Macron dans les capitales russe et ukrainienne effectuées les 7 et 8 février, Vladimir Poutine et Volodymyr Zelensky font tous les deux part de leur attachement aux accords. Il n’en reste pas moins que les deux pays se renvoient la balle en s’accusant mutuellement du manque de volonté pour mettre en œuvre certains dispositifs prévus par le seul instrument diplomatique existant du conflit.

Par ailleurs, l’éventuelle reconnaissance par la Russie des républiques séparatistes de Louhansk et de Donetsk violerait les accords de Minsk qui prévoient entre autres le « rétablissement du contrôle total […] par le gouvernement de l’Ukraine dans toute la zone de conflit ». Ainsi la question se pose de savoir si l’éventuelle reconnaissance par Moscou des républiques populaires dans l’Est de l’Ukraine pouvait devenir un casus belli aux yeux du Président ukrainien…

« Est-ce que vous voulez que la France soit en guerre contre la Russie ? »

À la pléiade de différends russo-ukrainiens s’ajoute un autre volet jugé primordial par Moscou : la perspective d’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN. L’objectif de rejoindre l’OTAN est par ailleurs inscrit dans les documents officiels ukrainiens, tout comme celui de récupérer la Crimée. Profitant de l’opportunité des tensions à l’Est, Moscou a remis ce sujet sur le tapis dans les « préoccupations sécuritaires » qu’il a envoyées aux États-Unis fin décembre.

« Les documents officiels de l’Ukraine indiquent que la Russie est un adversaire et que le retour de la Crimée est possible par des moyens militaires. Imaginez que l’Ukraine soit membre de l’OTAN. L’article 5 [du traité de l’Atlantique Nord sur la défense collective, ndlr] est toujours là. Cela signifie qu’il y aura une confrontation militaire entre la Russie et l’OTAN. Est-ce que vous voulez que la France soit en guerre contre la Russie ? » s’est exclamé le 7 février le chef de l’État russe en répondant à un journaliste français qui l’avait interrogé sur l’éventuelle confrontation russo-ukrainienne.

Ainsi, la demande de ne pas élargir l’Alliance aux pays de l’ex-URSS figure parmi les garanties sécuritaires demandées par les Russes. Tandis que Washington s’est dit prêt à discuter d’autres dispositions du projet de Moscou, il a refusé net de renoncer à la politique de portes ouvertes de l’OTAN. Bien que la perspective de l’adhésion de Kiev à l’OTAN semble plus que lointaine, la question continue de contaminer non seulement les relations russo-ukrainiennes, mais aussi (et surtout) celles entre Moscou et les pays de l’Alliance atlantique.

D.P.

Sources : Le Monde, Reuters, RBK, Vedomosti, Washington Post, Constitution de l’Ukraine, Le Traité de l’Atlantique Nord (et d’autres sources)

Crédit images : Wikimedia, Google Maps.

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