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Bosnie et Serbie. La guerre en Ukraine divise davantage les Balkans

Suite à la conférence sur l’Ukraine organisée par Sciences po Lyon et l’association Europe des Alters du master AlterEurope le 15 mars 2022, les étudiants actuels du master ont décidé, avec l’aval des responsables pédagogiques et avec l’accord des intervenants, de réaliser une “newsletter spéciale”. Elle reprend les points de vue personnels des intervenants de la conférence, tous d’anciens étudiants, ainsi que les réactions officielles de leur pays d’origine, pays de résidence actuel ou de leur champ d’étude face au conflit dont fait actuellement face l’Ukraine qui a éclaté le 24 février 2022.

Les Bosniaques revivent les traumatismes de la guerre passée alors que la Russie envahit l’Ukraine.

REUTERS/Dado Ruvic

 Les nouvelles en provenance de Marioupol et d’autres villes ukrainiennes, soumises aux bombardements incessants de l’armée russe, ont déclenché des souvenirs douloureux chez les survivants du siège de la capitale bosniaque dans les années 1990. Lors de l’éclatement sanglant de la Yougoslavie, les forces serbes de Bosnie ont assiégé Sarajevo du 5 avril 1992 au 29 février 1996. Pendant 46 mois, 350 000 personnes ont été prises au piège dans leur ville multiethnique, soumises à des bombardements quotidiens et privées d’accès régulier à l’électricité, à la nourriture, à l’eau, aux médicaments et au monde extérieur. Plus de 11 000 personnes ont été tuées, dont plus de 1000 enfants, et d’innombrables autres ont été blessées.

La Bosnie-Herzégovine, comme l’Ukraine, a depuis longtemps déclaré vouloir rejoindre l’OTAN – deux positions qui ont rendu la Russie furieuse. Après la récente invasion de l’Ukraine par la Russie, l’ambassadeur de Moscou à Sarajevo, Igor Kalabukhov, est devenu beaucoup plus effronté. Il a récemment menacé la Bosnie-Herzégovine du scénario de l’Ukraine si la Bosnie-Herzégovine décidait de rejoindre l’OTAN, en déclarant :« Si (la Bosnie-Herzégovine) décide d’être membre d’une alliance, c’est une affaire interne. Notre réponse est une autre affaire. L’exemple de l’Ukraine montre ce à quoi nous nous attendons. En cas de menace, nous répondrons. »

Consciente que la guerre en Ukraine pourrait avoir un effet de contagion sur la Bosnie-Herzégovine, l’UE a décidé, dans le cadre de la mission de paix européenne (Eufor Althea), de doubler pratiquement la taille de sa force de maintien de la paix en envoyant 500 militaires supplémentaires, pour un total de 1 100 soldats sur place, à titre de mesure de précaution pour éviter toute instabilité dans la région. « Nous allons assister à des provocations dans les Balkans occidentaux et notamment en Bosnie-Herzégovine », a expliqué le 8 avril le haut représentant de l’UE pour la politique étrangère Josep Borrell. Ce dernier met en garde contre la « situation critique » en Bosnie-Herzégovine où « les rhétoriques nationalistes et séparatistes se multiplient et mettent en péril la stabilité, voire l’intégrité du pays ».   

Prise entre Moscou et l’Ouest, la Serbie fait face à une tempête diplomatique

Darko Vojinovic


Le président serbe Aleksandar Vucic a attendu deux jours avant de s’exprimer sur l’invasion russe de l’Ukraine. « Porter atteinte à l’intégrité territoriale d’un pays, quel qu’il soit, est quelque chose de très mal », a déclaré le chef d’État.

L’attaque de la Russie en Ukraine précipite l’heure des comptes pour la Serbie, qui entretient des liens politiques, culturels et économiques étroits avec Moscou, mais qui est aussi un pays candidat à l’adhésion à l’UE et favorable à un alignement plus fort sur l’Occident. Alors que l’UE tente d’isoler la Russie, la guerre
en Ukraine est devenue un test pour les candidats à l’adhésion qui ont toujours un œil sur Moscou, ce qui rend la tentative de la Serbie de satisfaire les deux parties de plus en plus difficile à maintenir.

Sous la pression de l’UE, la Serbie a voté en faveur d’une résolution des Nations unies condamnant l’invasion de l’Ukraine par la Russie, ce qui lui a valu une réprimande de Moscou. La Serbie a néanmoins refusé de se joindre aux sanctions contre la Russie. Cette réticence à se ranger derrière les sanctions a rendu furieux les partenaires occidentaux, qui ont menacé de répercussions, notamment le ralentissement des négociations d’adhésion à l’UE.

La société civile serbe est partagée mais tend à pencher davantage vers la Russie : Un groupe nationaliste extrémiste a organisé une manifestation pro-russe dans le centre de Belgrade en février. Environ 2 000 participants ont allumé des torches, crié des slogans pro-russes et porté le drapeau russe flottant à travers la ville. Plusieurs des organisateurs et des participants ont des liens avec Moscou, notamment avec les forces armées russes. De nombreux électeurs serbes en veulent à l’Occident – qui a bombardé et sanctionné Belgrade dans les années 1990 – et sympathisent avec la Russie. La Serbie compte également sur le soutien de la Russie aux Nations unies pour garder un certain contrôle sur le statut du Kosovo, son ancienne province, que les États-Unis et la plupart des États membres de l’UE reconnaissent aujourd’hui comme indépendant.

Remerciements : Mme. Tibissaï Guevara-Braun

I. C.

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